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Le Monde d'hier, Stefan Zweig

Updated: Nov 18


Nous sommes au tournant du XXème siècle. C'est la Belle Époque. Les élites intellectuelles et économiques viennoises vont au théâtre, à l'opéra, fréquentent les cafés où les tasses de chocolat fument sous les grands lustres dorés. Un vent de liberté souffle sur la ville, pour ceux qui peuvent se l'offrir, soit surtout les hommes munis d'un peu de fortune. Pour les femmes ou pour les moins aisés, c'est autre chose. Stefan est né au bon moment, et au bon endroit. Jeune homme, il a 19 ans en 1900. Son père possède une usine de produits tissés, et sa famille appartient à la grande bourgeoisie juive de Vienne. Pendant une brève fenêtre de temps, être juif dans la capitale autrichienne n'est presque pas un problème. Jusqu'à ce que Karl Lueger devienne maire de la ville, indice de la montée des petites jalousies mesquines qui, attisées en haine au soufflet des plus bas instincts, produiront les stigmatisations, les vexations, et finalement les désastres que l'on sait.


Stefan va au théâtre et à l’opéra. Il peut y applaudir Johannes Brahms, Richard Strauss, Gustav Mahler… Vienne est un fantastique aimant artistique et intellectuel. Stefan étudie. Il rencontre et fréquente de jeunes écrivains, avec qui il forme bientôt le mouvement Jeune Vienne. Stefan lit, en particulier la presse littéraire. Il déniche des poèmes de Rainer Maria Rilke ou Paul Valéry, que le public ne connaît pas encore. Et à 19 ans, sa première consécration : l’un de ses textes poétiques en prose est publié par le quotidien Neue Freie Presse. Stefan voyage. A Berlin, Bruxelles, Paris, Calcutta, New-York. Nul besoin de passeport, la Grande Guerre et l'avènement de l'Etat-nation qu'elle induisit ne sont pas encore passés par là. C'est dans ce cadre idyllique, parfois oublieux des affres vécus par ce que l'on appelle depuis longtemps la classe ouvrière, que Zweig entame la description ce monde d'avant qui était le sien. En réalité chacun avait son monde d'avant ; hommes ou femmes, riches ou pauvres, tous étaient pris dans le tourbillon du progrès promis par les sociétés européennes d'alors. Peu à peu, sous les coups de boutoir des nationalismes, pour Zweig comme pour tous ce monde se pixellise, se craquelle. La guerre est partout, dans toutes les maisons, dans toutes les têtes et dans tous les cœurs. Avant devient hier. On peut espérer retrouver un avant. L'aphorisme "c'était mieux avant" souligne bien l'espoir que l'on a d'y revenir, de retrouver cet avant. Mais l'on ne peut espérer retrouver un hier. L'hier c'est le passé trépassé, la nostalgie sans chance de retour. L'hier met le point final à l'avant. Ainsi, lire Le Monde d'hier est une rare occasion de vivre une époque qui n'a plus de survivant. En accompagnant Stefan Zweig de Vienne à Paris, de Londres à New-York, on se sent à la fois plus petit et plus grand. Et l'on se dit qu'il faut cueillir notre présent, et lui donner tout notre amour et toute la force de notre volonté pour que nos lendemains chantent, sans regret d'un hier qui serait une Atlantide perdue à jamais.


Sur Paris :

Zweig réserve tout un chapitre de son livre à Paris, qu’il intitule « la ville de l’éternelle jeunesse ». Il y vécut en 1904, à côté des jardins du Palais Royal. A quelques décennies près il était voisin de Cocteau et de Colette. Il revint à Paris en 1910, y faisant la connaissance de Romain Rolland dont il devient très proche, puis en 1922.

A Paris, Zweig rencontre aussi André Gide, et Rainer Maria Rilke, qui y vit et travaille comme secrétaire particulier de Rodin. De ce dernier, Zweig dresse un portrait à travers des yeux mouillés de l’émotion du jeune homme qu’il était lorsqu’il assista à une séance de travail impromptue dans l’atelier du sculpteur : « Enfin, le maître me mena devant un socle où se dissimulait sous les linges humides sa dernière œuvre, un portrait de femme. Il détacha les linges de ses mains lourdes et ridées de paysan et se recula. […] Il se débarrassa de son veston d’intérieur, revêtit sa blouse blanche, saisit une spatule et lissa d’un coup magistral à l’épaule le tendre épiderme de la femme, qui semblait vivre et respirer. […] Puis il ne parla plus. […] Il m’avait complètement oublié. Je n’étais plus là pour lui. Seule existait encore la figure, son œuvre, et au-delà, l’invisible, l’idée de la perfection absolue. »

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